Pause lecture (américaine)

Cela fait un moment que je n’ai pas mis en ligne de billet dans la rubrique ‘Lire‘, l’occasion de revenir sur 2 ou 3 livres lus au cours de ces derniers mois, tous trois américains, datant des années 20 et 50.

Howl, d’Allen Ginsberg (1956)
Ce recueil de poèmes a été un scandale littéraire à sa sortie (et a d’ailleurs fait l’objet d’un long-métrage de Rob Epstein et Jeffrey Friedman avec James Franco et Jon Hamm). Œuvre phare du mouvement de la Beat Generation, ces poèmes étaient lus en public avec la même popularité que des concerts, le rêve américain bousculé, les désillusions et cette liberté des mots dénonçant certains principes de la société. Parmi les lieux cités et décrits, New York, Berkeley, San Francisco (plus communément appelé Frisco), Denver, le Mexique, entre autres. Dans ses écrits, on rencontre également Carl Solomon, Jack Kerouac, Neal Cassady, William S. Burroughs, Lucien Carr, et décrit aussi son admiration pour le poète Walt Whitman. Beaucoup de thèmes sont abordés, faits de société, drogues, sexe, ses oppositions envers les pouvoirs publics et la police, ses revendications… Livre lu en version originale, fascinant et vraiment intéressant pour découvrir toujours un peu plus la langue (le livre fait une cinquantaine de pages mais j’ai quand même mis un peu de temps pour assimiler un maximum des textes).

Sur la Route, de Jack Kerouac (1957)
Livre commencé il y a de longs mois, et enfin terminé récemment. Continuons avec la Beat Generation , Jack Kerouac en faisant partie au même titre qu’Allen Ginsberg. Livre très dense du récit à travers les États-Unis de Sal Paradise (Jack Kerouac) et Dean Moriarty (Neal Cassady). Ils vont effectuer plusieurs road-trips, de New York à San Francisco, en passant par Denver, Salt Lake City, puis plus tard Mexico. Ils vont rencontrer tout un tas de gens, galérer pour gagner de l’argent et vivre ces périples sur le moment présent sans jamais se projeter dans le futur. J’ai lu le livre traduit par Jacques Houbart, la seconde version réécrite par Kerouac lorsque la maison d’édition de l’époque refuse son écrit original (certains termes traduits datent un peu, ‘a couple of hours‘ est traduit très communément par un couple d’heures, ‘girl‘ dans le sens copine est transformé en ‘fille‘, entra autres nombreux exemples…). L’année dernière est sortie la version du rouleau original, avec les personnages et contextes d’origine (par exemple dès la première phrase, ce n’est pas après une séparation que Jack rencontre Neal, mais la mort de son père). Le livre est adapté au cinéma par Walter Salles, un projet préparé par Francis Ford Coppola depuis de nombreuses années.

Gatsby, de Francis Scott Fitzgerald (1925/2011)
La ressortie de cette année a fait l’objet d’une nouvelle traduction de l’ouvrage de F. Scott Fitzgerald, par Julie Wolkenstein. Avant de le lire, j’avais vu le film de Jack Clayton, avec Robert Redford (film que j’ai beaucoup aimé), et mon impression vis-à-vis du livre est plus que mitigée. La première chose que je regrette c’est de ne pas l’avoir lu dans sa version originale, ou, au pire, la version traduite précédente, de Jacques Tournier. La version modernisée de l’auteure rend l’œuvre hors de son temps, les années 20. Elle use un jargon qui ne correspond pas du tout à l’ambiance de l’époque, certaines expressions étant trop actuelle pour retranscrire l’atmosphère de l’époque. Un exemple du chapitre 7 :
“That’s a great expression of yours, isn’t it?” said Tom sharply.
“What is?”
“All this ‘old sport’ business. Where’d you pick that up?”

“Now see here, Tom,” said Daisy, turning around from the mirror, “if you’re going to make personal remarks I won’t stay here a minute. Call up and order some ice for the mint julep.”

Traduction :
 C’est une de vos expressions favorites, n’est-ce pas? dit Tom avec agressivité.
– Quoi donc?
– Ce truc, là, de répéter sans arrêt « très cher ». Où est-ce que vous avez pêché ça?
– Bon, dis voir maintenant, Tom, dit Daisy en se détournant de la glace, si tu continues à faire des réflexions personnelles, je ne resterai pas une minute de plus. Appelle le room-service et commande-nous de la glace pour le mint-julep.

Il y a plusieurs choses dans cet extrait traduit qui me font sourire, le ‘quoi donc?’, le ‘Old sport‘, expression favorite de Gatsby, transformé dans tout le roman par un ‘très cher’ hautain (Tournier l’avait traduit en ‘vieux frère’), les horribles expressions ‘ce truc’, ‘pêché ça’, l’auteure a sûrement voulu gardé dans le terme ‘pick up’, ‘dis voir maintenant’. Juste après il y a aussi une répétition dans la même phrase avec ‘glace’, pourquoi ne pas avoir traduit mirror en miroir, afin de garder le terme de glace pour ice? Ceci est un exemple parmi tant d’autres, j’ai pourtant beaucoup aimé l’univers, découvrir l’histoire de Jay Gatsby à travers les yeux de Nick Carraway. Mais en lisant cet ouvrage, j’ai eu l’impression de passer à côté de l’œuvre de Fitzgerald, ce qui me donne surtout envie d’une seule chose : courir lire la version originale!

À voir / lire : Conversation entre Allen Ginsberg et Neal Cassady, City Lights Bookstore, San Francisco (1965)
Fallait-il retraduire Gatsby le Magnifique?
par André Clavel
Conférence sur Jack Kerouac à la BnF, lectures d’extraits de Sur la Route et autres récits, Bernard Comment et Jean-Pierre Kalfon

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7 réflexions sur “Pause lecture (américaine)

  1. My Little Discoveries dit :

    Concernant Gatsby, je l’avais lu en VO et j’avais adoré en grande partie grâce au style et au vocabulaire employé! En effet l’extrait que tu as choisi ne me dit rien qui vaille, c’est vraiment dommage… Si tu peux, je ne peux que te conseiller en effet de le relire en anglais ;o)
    Sinon je n’ai pas lu « la route », mais je l’ai vu au cinéma alors j’ai moins envie du coup…
    Merci pour ce billet et bonne journée!

  2. Blythe dit :

    J’ai lu Sur la route et Gatsby en VO tous les 2, tu donnes un bon exemple de pourquoi je ne supporte plus les traductions !
    Je m’étais pas mal ennuyée avec Sur la route sinon, et Gatsby aussi un peu mais au moins la fin est un peu plus trépidante, je pense que ça doit mieux rendre en film pour le coup…

  3. line dit :

    @My Little Discoveries : D’autant plus que pour Gatsby, je n’ai pas cherché l’extrait très longtemps… Je vais certainement le relire en anglais, pour rester sur une image plus positive du livre de Fitzgerald! Et sinon ce n’est pas le livre de McCarthy (incapable de lire le livre moi non plus depuis que j’ai vu le film, j’en fais encore des cauchemars…) mais c’est Sur la Route de Kerouac, des années 50. Bonne soirée à toi!

    @Blythe : En fait, je me suis dit que je ne serais pas capable de lire tout un ouvrage en anglais et que ça me prendrait de trop longs mois. Au final je mets un temps fou à les lire et je trouve les traductions plus que limite, donc maintenant je lirais un maximum en anglais 😉 J’ai mis du temps à terminer Sur la Route moi aussi, je n’ai pas détesté mais c’est parfois bien longuet sans que l’intrigue n’avance réellement quelque part. Hâte de découvrir le film maintenant! Et Gatsby en film j’ai beaucoup aimé, surtout avec Robert Redford (moins Mia), également impatiente de voir le Luhrmann 🙂

  4. Carole dit :

    Je n’ai lu que Gatsby ici et la traduction française (tu sais quelle édition j’ai) ne m’a certainement pas empêché d’adorer littéralement le roman. Par contre, je n’ai pas aimé le film avec Robert Redford, et perso, je n’attend pas celui de Luhrmann. Je suis peu convaincue par le choix de Leo et n’aimant pas Carey Mulligan, pas la peine de remettre le couvert.

    Et, j’ai lu « La Route », j’avais trouvé cela plutôt chiant alors pour le coup, je n’avais pas vu le film (un cercle vicieux cette histoire !).

  5. line dit :

    @carole : héhéh oui on a tous nos propres aventures avec tous ces livres traduits, ou non, adaptés au cinéma. Je pense en effet que l’édition que tu as est plus fidèle à l’original, j’ai regretté quand j’ai lu ton avis de ne pas avoir choisi celle-ci. Mais lire le livre après avoir vu le film, ça bouscule un peu l’ouvrage aussi… Pour La Route, en dehors des cauchemars, le film ne m’a pas plus branché que ça.

  6. Blythe dit :

    Pour La Route de McCarthy j’ai aimé le film moyennement mais j’ai adoré le livre, à en faire des cauchemars en effet mais j’étais incapable de m’arrêter, d’ailleurs j’en ai loupé mon arrêt de métro une fois tellement j’étais dedans, c’est l’un des livres les plus intenses que j’ai lus (avec Simetierre je dirais).

  7. line dit :

    @Blythe : Le fait de connaître maintenant l’histoire ruine la lecture de toute façon, surtout sur un sujet aussi sensible (pour moi en tout cas). Et je garde également un souvenir assez intense de Simetierre…

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