Coups de cœur romans #1

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Une jolie fille comme ça d’Alfred Hayes (Gallimard, 2015).
Paru pour la première fois en 1958 aux États-Unis, « Une jolie fille comme ça » n’avait encore jamais été traduit en français. L’auteur a été surtout connu pour sa carrière de scénariste pour le cinéma. Il parle d’ailleurs de ce qu’il connaît le mieux dans ce roman en racontant l’histoire d’une rencontre entre un homme, scénariste, et une jeune actrice qui rêve de devenir célèbre. Lui, est marié, et elle, se sent complètement désemparée. C’est à ce moment précis qu’ils vont se rencontrer, au bord d’une plage, alors qu’elle plonge enivrée dans l’eau froide du Pacifique. En plus de ces deux personnages sans prénom, le récit parle surtout du monde impitoyable de Hollywood. Le livre fait énormément penser à un film noir dont le cynisme est présent à chaque détour de page. Et en même temps, il possède une classe incroyable. Le roman est court (160 pages), il se lit très vite, et tous les mots et phrases sont pesés et choisis avec beaucoup de soin. Il y a comme un équilibre dans l’écriture, c’est beau, élégant et laisse aussi un sentiment d’âpreté face à la cruauté de cette histoire. À lire absolument, en écoutant le morceau My Melancholy Baby d’Ella Fitzgerald.

Les vies multiples d’Amory Clay de William Boyd (Le Seuil, 2015).
Ce nouveau roman de William Boyd raconte l’histoire fictive d’une femme photographe, née en 1908, qui a traversé le XXe siècle avec plus d’un appareil photo accroché au cou. D’abord photographe de stars, elle est ensuite devenue photo-reporter pendant la seconde guerre mondiale. La photographie a toujours fait partie de sa vie mais les évènements historiques et personnels qu’elle a rencontrés ont dû la pousser à poser son appareil à plusieurs reprises. Le roman est illustré de photographies d’époque, légendées et en lien avec l’histoire. Amory Clay n’a pas existé mais les liens avec les photos judicieusement choisies sèment le doute. Le personnage d’Amory est une femme moderne, au caractère bien trempé. Elle n’a pas froid aux yeux -il le faut pour être photo-reporter- et se relève à chaque mésaventure. Les vies multiples d’Amory Clay est un livre dense (plus de 500 pages) dont le style romanesque nous embarque dans la vie d’une femme remarquable.

La fille du train de Paula Hawkins (Sonatine, 2015).
Effectuant le trajet deux fois par jour vers Londres, Rachel prend le train et aime observer une maison en particulier, ses occupants, l’activité qui se déploie devant ses yeux. Elle  imagine l’histoire de ce couple, en inventant même leurs prénoms. Mais le jour où la jeune femme est portée disparue, Rachel se demande si elle n’a pas été témoin d’une scène-clé peu de temps avant sa disparition. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de polar, celui-ci est plutôt réussi. Le personnage de Rachel est parfois bien horripilant mais j’ai bien aimé la rapidité à laquelle vont les évènements. Le découpage de l’écriture d’un chapitre raconté selon le point de vue d’un des trois personnages féminins (Rachel, Megan et Anna) apporte beaucoup dans cette énergie de lecture. Le tournage de l’adaptation au cinéma vient de se terminer, sa sortie est prévue pour la fin d’année. Rachel est interprétée par Emily Blunt, entourée de Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Laura Prepon, Scott Evans et Justin Theroux.

Broadway Limited – Tome 1 : un dîner avec Cary Grant de Malika Ferdjoukh (L’École des Loisirs, 2015).
L’histoire se situe en 1948 au moment d’Halloween, à New York. Un jeune français vient d’arriver pour intégrer une école où il va étudier la musique et plus particulièrement le piano. Il se présente à la pension Giboulée où une chambre l’attend. On retrouve l’ambiance pleine d’ébullitions des Quatre Sœurs, une série de romans écrite par Malika Ferdjoukh. Jocelyn est ici entouré de danseuses, chanteuses, comédiennes… Elles vont lui faire découvrir ce monde magique de la scène, le jazz aussi, les pizzas, et cette incroyable atmosphère de la ville qui ne dort jamais. 1948, la guerre vient de se terminer, c’est le début de la guerre froide, et notamment du maccarthysme : cette traque du communisme qui a notamment bouleversé bon nombre d’artistes. Il y a aussi de nombreuses célébrités citées, que les personnages vont croiser, rencontrer ou voir sur scène : de Fred Astaire au jeune Woody Allen âgé de 13 ans, Grace Kelly, Vincente Minnelli, Clark Gable, Sarah Vaughan, et bien d’autres… Pas besoin d’être passionné par la danse ou le théâtre, le récit repose énormément sur ses personnages, et leurs affinités. Pas besoin non plus d’être ado pour le lire, c’est un livre qui est destiné à tous les âges, dès 14 ans. Chaque titre de chapitre correspond à un morceau musical, principalement du jazz, et aussi des extraits de livrets de comédies musicales. La couverture est illustrée d’une image du film The Band Wagon (Tous en scène en français) de Vincente Minnelli sorti en 1953.

De cape et de mots de Flore Vesco (Didier Jeunesse, 2015).
Ce roman ado raconte l’histoire de Serine qui rejoint la Cour pour être demoiselle de compagnie auprès de la Reine. Partie de chez elle parce qu’elle refuse de se marier, elle ne ressemble pas aux autres courtisanes. Elle va vite découvrir l’hypocrisie des gens de la cour, les rumeurs, les complots… et va s’amuser à jouer avec les mots afin de contredire une Reine capricieuse et tyrannique, pour déjouer ses manigances. C’est n livre pleine d’inventivité et très drôle. Le ton est décalé, et le vocabulaire très riche, voire complètement fabriqué (comme les termes esperlune ou litrejole). Le roman peut être assimiler à un roman historique dont le récit se situe dans un royaume imaginaire où les vaches amusent la cour et où on apprend une centaine de façons d’ôter la coquille d’un escargot. Le personnage de Serine n’a peur de rien, est attachante et loin d’être naïve, et en même temps, prend parfois de mauvaises décisions. De Cape et de mots est un premier roman d’aventure loufoque et plein d’imagination, à mettre entre toutes les mains.

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Coups de cœur BD #7

l'été diabolik traquemage vive la marée
Il était une fois dans l'est la favorite Murderabilia

 L’Été Diabolik de Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse (Dargaud, 2016).
Trois ans après Souvenirs de l’empire de l’atome, les deux auteurs T. Smolderen et A. Clérisse sont de retour avec L’Été Diabolik, une bande dessinée dont le récit se situe dans les années 60. Si l’ouvrage est si réussi, c’est grâce à ses couleurs psychédéliques, pêchues et inattendues, et son histoire racontée par un adolescent. Au cours d’un été, les évènements se sont enchaînés, sans lien apparent : un match de tennis qui tourne mal, un accident de voiture, une première expérience sexuelle, une jeune femme apeurée et un père étrange. Une BD vive et très plaisante, à découvrir ! L’illustrateur Alexandre Clérisse sera présent à Pulp festival pour Exquises esquisses.

Traquemage – Tome 1 : Le serment des Pécadous de Wilfrid Lupano et Relom (Delcourt – Terres de légendes, 2015).
Sympathique premier tome de la part de Lupano (Ma Révérence, Les Vieux Fourneaux), Traquemage raconte l’histoire d’un éleveur de brebis qui en a ras la casquette des combats entre les mages. Quand son troupeau se fait exterminer dans une énième bataille -seule la brebis Myrtille en réchappera-, il décide d’aller à la poursuite de ces mages. Plaisant, décalé, et sans prise de tête.

Vive la marée ! de  David Prudhomme et Pascal Rabaté (Futuropolis, 2015).
Vive la marée ! est un condensé de chroniques familiales de vacanciers qui passent leurs congés au bord de la mer. Les situations et personnages font sourire, toutes sortes de profils sont montrés : les corps, les conversations… Pour ma part, la vie à la plage, même pour quelques jours, me fait toujours autant fuir !

Il était une fois dans l’est (tome 1) de Julie Birmant et Clément Oubrerie (Dargaud, 2015).
Ce premier tome d’Il était une fois dans l’Est revient sur l’histoire de la danseuse américaine Isadora Duncan. Née en 1977, la bande dessinée raconte par le biais de flashbacks son enfance, et le rapide succès qu’elle connu grâce à sa danse spontanée et nouvelle. Situé en URSS, le récit parle aussi de son union avec le poète russe Serge Essenine. Hâte de lire le second tome. Un film consacré à Isadora Duncan est aussi en cours de production, avec Lily-Rose Melody Depp dans le rôle de la danseuse (Elle Fanning était initialement prévue pour ce rôle).

La Favorite de Matthias Lehmann (Actes Sud, 2015).
Des années 1930 aux années 2000, La Favorite raconte l’histoire d’une grand-mère autoritaire et tyrannique s’occupa de Constance devenue orpheline. Ne pouvant même pas sortir de chez elle, Constance s’invente mille et un mondes pour s’évader et tenter d’aller de l’avant. La Favorite une bande dessinée très sombre qui parle surtout de la notion du soi en tant qu’individu. Un ouvrage troublant et marquant.

Murderabilia d’Àlvaro Ortiz (Rackham, 2015).
L’auteur espagnol s’intéresse dans cet ouvrage à d’étranges collections : celles de rassembler des objets liés à des tueurs en série ou des meurtres. Malgré un sujet plutôt glauque, le récit se révèle amusant et vraiment étonnant, à découvrir.

Maggy Garrison (2 tomes) de Lewis Trondheim et Stéphane Oiry (Dupuis, 2014-2015).Maggy Garrison est une sympathique nouvelle série (qui en est déjà à 2 tomes), de la part de Trondheim et Oiry. Maggy cherche du travail depuis deux ans, elle finit par trouver un poste de secrétaire dans l’agence d’un détective privé alcoolique et paumé. Toujours à l’affût de se faire de l’argent, elle en profite pour résoudre des petites affaires que son patron a laissé de côté. la situation va être sensiblement bousculée quand il se fait fait tabasser et qu’elle remarque être suivie par un type louche. Mélange de chronique sociale et de polar, j’ai surtout apprécié cette série pour son ton cynique et sombre. Le personnage de Maggy est aussi quelqu’un qui a langue bien pendue, elle ne se laisse pas manipuler, du moment qu’elle trouve toujours le temps pour boire ses pintes tranquillement dans un pub (son favori : celui du quartier de Kilburn).